Vibrer de la passion d’un vin pendant 3 jours à s’en brûler les ailes.

Depuis quelques semaines la passion du vin m’avait quittée, partie, envolée. Nos routes s’étaient séparées. Les derniers événements de ma vie s’étaient parfaitement conjugués avec la perte de ma passion pour le vin. Comme lorsque l’on perd tout, on pense pouvoir se réfugier dans ses amours égoïstes et personnels. Il n’en est rien, lorsque un grand changement de vie s’opère, on ne perd pas seulement ce à quoi l’on tenait le plus, mais il emmène avec lui les passions intimes. Le vin en faisait parti et je n’en n’avais plus le goût. Il ne me transportait plus vers l’ivresse exquise, ses arômes s’étaient fanés. Bien évidemment, je ne voulais pas abandonner la quête si facilement, mais une certitude s’était établie de ne plus jamais ressentir les plaisirs des premières dégustations.

Les quelques bouteilles ouvertes entre amis me laissaient indifférent, j’étais même tenté de me faire une raison et de considérer la dive bouteille comme un produit comme un autre. Se servir un verre de temps à autres pour y ressentir quelques parfums délicats, mais sans passion. Me tourner vers une sélection un peu fade qui m’aurait tout de même contenté le temps de quelques repas entre amis. Mais quelque chose sans âme, simple, efficace, et qui, m’aurait surement tout de même satisfait jusqu’à la fin.

Le vin était parti et il ne reviendrait plus, il était temps de devenir adulte, de l’oublier et de passer à autre chose.

Et puis … Récemment, je suis tombé sur un vin d’Argentine. Nous étions dans un bar à vins avec quelques amis pour fêter la fin de la semaine et le début du weekend. Le premier contact avait tout de suite été plaisant, le Malbec était sérieusement travaillé, on y ressentait un certain savoir-faire que l’on retrouve dans les vins germaniques. Bizarrement, j’avais ressenti le doux parfum des premiers verres bus lors de ma vie étudiante. Puis, au bout de quelques minutes, on flairait un terroir puissant que seul les vins d’Amérique du Sud peuvent apporter. Ce quelque chose que même les plus grands terroirs français et leurs grands crus n’arrivent pas à atteindre. La chaleur d’un soleil de plomb qui ne pardonne pas, cette chaleur que j’avais perdu dans le vin me revenait à pleine vitesse en plein visage. Le vin était revenu ! Aurais-je alors dû m’en méfier, lui laisser le temps de revenir ? Être patient et voir si ce n’était qu’un doux relent du passé et l’apprivoiser tel le renard dans le petit Prince. Y aller pas à pas, attendre, faire preuve de patience et lui laisser le temps de venir ?

Mais lorsque l’on retrouve une chose que l’on croyait perdu à jamais, il est souvent impossible de ne pas y retourner à fond. Immédiatement, j’en commandais une bouteille ! J’avais besoin de cette ivresse, de comprendre tous ses arômes, ses aspects, me perdre dans son parfum et le laisser pleinement reprendre mon âme.

Verre de Malbec d'Argentine au bar à vin Hermanas - Berlin
Verre de Malbec d’Argentine au bar à vin Hermanas – Berlin

Je regardais son étiquette et pensais déjà tout y comprendre, j’analysais son terroir et imaginais le travail de ces viticulteurs du bout du monde, je décomposais avec soin ces notes de fruits noirs très mûrs, d’olives, de cuir et de poivre.

La soif, cette terrible soif du vin était revenue. Je ne voulais plus la laisser partir. J’en commandais alors 3 bouteilles et voulais chaque jour y replonger tête la première, sans filtre, sans écran. Pendant 3 jours, je buvais ce Malbec intensément. Plongé dans la folle ivresse de ses voluptés, je n’avais pas pris gare de me brûler les ailes. Car les jours passaient et de manière purement égoïste, je ne laissais aucune chance à l’amour du vin de prendre le temps de me laisser venir à lui. J’aurais du écouter ce qu’il avait à me dire.

La dernière bouteille bue, je voulais immédiatement en retrouver une nouvelle, abandonnant tout autre possibilité de goûter à un autre vin. Prendre mon temps et d’analyser si l’amour du vin m’était revenu. Il aurait été alors malin de réfléchir à ce regain soudain. En arrivant devant la boutique de vin argentin au milieu de la nuit, je ne le vis plus en vitrine. Il fallait donc attendre le matin pour me ruer vers le caviste et en reprendre à satiété.

Le réveil fût terrible, j’avais épuisé toutes les bouteilles en stock et le caviste m’expliqua tant bien que mal qu’il n’allait plus en recevoir. Au moins une idée du nom et de l’étiquette ? Rien, j’avais tout jeté, je me ruais vers la benne à verre, vide, plus rien, plus aucun moyen de contacter le viticulteur et de le commander en ligne …

Lors de ces trois jours, je savais consciemment que cette passion soudaine allait s’assagir, se calmer avec le temps pour peut-être laisser place à un retour doux et calme de l’amour du vin. Je n’avais aucune idée du temps que ça prendrait, ni même si les choses resteraient en état, ni même où elles m’emmèneraient, ni combien de temps. Cela m’était égal, j’avais voulu y croire et profiter à fond de ces instants. Terrible erreur car lorsque je plonge le nez dans un nouveau verre, je ne ressens que des ersatz des parfums de ce Malbec. Le vin était reparti et je l’avais à nouveau perdu.

Peut-être qu’un jour je retomberais sur cette bouteille de Malbec argentin au détour d’une dégustation, peut-être qu’un jour un client me déposera la bouteille sous le nez en me proposant de la goûter. Il faudra alors devenir patient, comprendre ce qui m’avait de nouveau enivré dans ses arômes, l’écouter et ainsi, pas à pas, gentiment se laisser guider à nouveau vers la passion du vin sans se brûler les ailes …

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